Les Bas-Heurts au Sénégal...

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UN MEMBRE DE L'ADIHBH-V

EN MISSION HUMANITAIRE

 

 

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Jacques, opticien et membre de notre association, habite aux Bas-Heurts. Il s'est investi dans une action humanitaire au Sénégal. Le quotidien France-Soir s'est intéressé à cette aventure dans son édition du 16 juillet dernier.  Voici le contenu de l'article.

 

 

"J’ai profité de mes vacances pour partir en mission humanitaire"

 

« Voiles Sans Frontières recherche opticien pour une mission en Afrique… ». Une annonce, un besoin d’évasion… Et me voilà parti au Sénégal pour une mission humanitaire de trois semaines. Aujourd’hui ce voyage reste un de mes souvenirs les plus forts.

 

J’intègre une équipe composée de médecin, infirmière, dentiste et sage-femme pour assurer une assistance dans la région du Sine-Saloum, territoire naturel entre terre et mer où se succèdent des milliers d’îles et d’îlots recouverts de mangrove sur le vaste delta du fleuve Saloum, au sud du Dakar. Nous sommes accompagnés d’un coordinateur, d’une intendante et d’un skipper. Car c’est en voilier que s’effectuent nos déplacements, les villages étant inaccessibles en voiture.

 

Première étape, le CVD, Centre de Voile de Dakar, qui héberge pour quelques jours ou quelques semaines des navigateurs en escale avant le Cap-Vert ou l’Amérique du Sud, et qui accueille aussi routards en tous genres, tel ce cycliste épuisé après un périple de plus de 6000 km. Ambiance conviviale ou tout le monde se tutoie, le fait d’être là suffit à faire partie du cercle fermé des aventuriers.

Le départ vers le sud se fait en taxi-brousse. Nous ne sommes que cinq passagers mais avec plus d’une tonne d’eau et de victuailles sur le toit. La législation interdit le transport de marchandises sur les sièges. Chaque virage nous fait  pencher dangereusement, mais après cinq heures de routes et de pistes nous arrivons à Ndangane, porte du Sine-Saloum.

Après quelques minutes de pirogue, nous rejoignons à Mar Lodj Natacha, le médecin et Mathilde, la sage-femme, arrivées depuis une semaine. L’équipe au complet embarque sur le Soly pour trois semaines de mission médicale.

 

Nous nous établirons  dans trois villages : Moundé, Nghadior, et Bassoul. L’accueil est à chaque fois  impressionnant : des dizaines d’enfants, fous de joie, nous attendent pour nous aider à décharger le matériel, ils se bousculent pour être sûrs de porter quelque chose. La question du pourboire ne se pose pas, ici il n’y a pas de touristes. Certains n’ont jamais vu de toubabs (les blancs) et nous dévisagent. Les plus petits nous donnent la main ou plutôt nous prennent un doigt, puisqu’ils sont trois ou quatre à s’accrocher à chaque main. Pour chaque village, un rituel est immuable : la visite chez le chef du village. Accompagné de quelques  notables tel l’instituteur ou l’agent de santé, il  nous souhaite la bienvenue, nous dit combien notre visite est importante et effectue une prière pour que notre séjour se passe le mieux possible. Comme la plupart des habitants, il ne parle pas le Français - pourtant langue officielle -, nous sommes au sein de la communauté cérère. La traduction se fait par ceux qui ont pu faire quelques années d’études hors du village.

 

En matière de santé, l’attente est grande. Un agent de santé formé en quelques mois doit assurer les besoins des habitants et les médicaments manquent. Natacha, le médecin et Emilie l’infirmière sont très sollicitées. L’attente est longue à l’ombre des arbres. Les queues se forment avec priorité absolue aux anciens. Laurence, chirurgien-dentiste ne chôme pas, elle effectuera 194 extractions ! Les caries sont surtout nombreuses dans le seul village qui possède un point de vente de bonbons…

De mon côté, j’enchaîne les examens de vue. Les enfants souffrent souvent de conjonctivites, mais ont peu besoin de lunettes de vue. Je leur distribue aussi des lunettes de soleil qu’ils mettent en riant. Je dépiste une importante myopie chez un vieux pêcheur. Je lui fais essayer des verres. Il sort  euphorique, serre les mains de tout le monde et finit par m’embrasser ! Il devra néanmoins attendre ses lunettes plusieurs mois lors du passage de la prochaine mission.

Après quelques jours plus rien ne me choque, tel un accouchement la nuit… à la bougie ! L’électricité est quasi inexistante. Contraste saisissant avec le réseau de téléphonie mobile qui fonctionne partout !

L’eau est rare  et  provient d’un seul puits.Les femmes ont la lourde charge de la transporter dans des bidons jusqu’à leur foyer.

 

Mon intégration dans les villages, malgré le manque de tout, se fait sans difficulté. La chaleur des habitants, leur joie de vivre me font partager leurs valeurs et oublier les miennes. Délinquance zéro ! Une grosse pierre devant la porte battante de notre local suffit à protéger le matériel. Et tous ces enfants ? Sages comme des images ? Peut-être pas, mais tout adulte a autorité sur chaque enfant et aucune discussion n’est possible. Pas de discussion non plus quand le chef du village prend une décision. Ici, pas de conflit de génération. Les fêtes sont fréquentes et parfois improvisées. Je me souviens de cette réunion d’information transformée en concert de bidons en plastique : deux heures de danse le temps de regrouper toutes les femmes du village ! Le confort occidental est vite oublié, quoi de plus normal qu’une douche froide avec un seau d’eau et un gobelet ? Le midi, le menu unique et quotidien est riz et poisson. Pour le végétarien que je suis, ce sera donc riz ! Le soir, regroupement de l’équipe pour dîner. Préparation des plats à la lampe frontale, cuisine au camping-gaz, et vaisselle sommaire avec quelques litres d’eau. Deux options pour dormir : par terre chez l’habitant ou sur le voilier. Dans ce dernier cas, la marche de nuit est de rigueur au son des hyènes et des chacals en traversant parfois à gué des zones recouvertes d’eau.

 

Le luxe, je l’apprécie en fin de séjour à Foundiougne, une petite ville accessible aux voitures grâce à un bac. Je suis hébergé dans un bungalow avec eau et électricité (souvent coupées), je dors  dans un vrai lit et je prends mes repas sur une table. Pendant 5 jours, je travaille à l’hôpital et je forme Amadou l’ophtalmo -en fait infirmier- aux examens de vue. La vision de Voile Sans Frontières est de rendre les populations le plus autonome possible… en espérant qu’un jour, elles finissent par ne plus avoir besoin de nous !

 

 

 

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Commenter cet article

Domitille 30/08/2010 23:19



Bravo pour cette action et pour avoir su la rendre publique ! Voilà qui redonne de l'élan pour beaucoup d'actions



Jean Rémy 15/08/2010 15:59



Merci d'avoir participé à cette action, comme peut être d'autres Noiséens sur d’autres
sujets, et félicitation.



maleval 10/08/2010 13:48



Bravo



scapal 02/08/2010 23:21



Super reportage!


Qui a dit que les gens de ce quartier ne défendaient que leurs petits intérêts personnels ?


Merci à "France Soir" pour cette approche différente et de montrer qu'il est possible de ne pas oublier les autres, quelles que soient les situations
individuelles.



Sophie 01/08/2010 21:57



Très jolie expérience !



Forges d'AURIN 28/07/2010 16:57



Encore la démonstration que les Bas Heurts peuvent avoir du coeur, et ne regardent pas uniquement leur nombril....